In Memoriam

« Le souvenir est le parfum de l’âme » (Georges Sand)

CHARLES DE SAINT MOULIN

(7 avril 1939 – 9 octobre 2017)

Cadre Charles A4

Premier texte lu lors des obsèques de Charles, le 21 octobre 2017

Mon binôme m’a quitté.

Charles,

Ces dernières années, ces derniers mois, nous avons eu plusieurs conversations philosophiques sur la vie qui passe ; quand tu t’inquiétais de cette vieillesse qui s’installait de plus en plus, je m’interrogeais sur mes capacités à accueillir prochainement un enfant. Quand tu éprouvais un peu de nostalgie en te remémorant ta carrière en tant qu’enseignant et de directeur d’école, je doutais sur mes forces à poursuivre cette même carrière. Quand tu râlais sur ton corps qui ne s’articulait plus comme tu le voulais, je me demandais si cela valait la peine de courir après le temps afin de jongler avec mille et un projets.

En décembre dernier, avant le début du concert annuel, tu as souhaité que nous ayons une conversation en privé. Tu m’as dit : « un jour, je partirai. Il faut t’y préparer. Il ne faudra pas être triste et il faudra impérativement continuer à faire vivre la Fanfare. » Je t’ai répondu, en plaisantant : « Quoi, tu comptes m’abandonner ?! » Ce qui est fait, à présent.

Charles, je ne te promets pas de ne verser aucunes larmes. Mais je te promets de rester optimiste. Sois certain, comme l’écrivait Simone Veil pour qui nous partagions une admiration commune :

Il restera de toi ce que tu as donné.
Au lieu de le garder dans des coffres rouillés .Il restera de toi de ton jardin secret,
Une fleur oubliée qui ne s’est pas fanée.
Ce que tu as donné, en d’autres fleurira.
Celui qui perd sa vie, un jour la trouvera. Il restera de toi ce que tu as offert
Entre les bras ouverts un matin au soleil.
Il restera de toi ce que tu as perdu
Que tu as attendu plus loin que les réveils,
Ce que tu as souffert, en d’autres revivra.
Celui qui perd sa vie, un jour la trouvera. Il restera de toi une larme tombée,
Un sourire germé sur les yeux de ton coeur.
Il restera de toi ce que tu as semé
Que tu as partagé aux mendiants du bonheur.
Ce que tu as semé, en d’autres germera.
Celui qui perd sa vie, un jour la trouvera.

Charles,

Nous formions le duo des saxophones baryton à la Fanfare de Saintes.

Nous cohabitions ensemble durant deux heures chaque semaine, des moments privilégiés que nous avons partagés chaque fois avec bonheur.

Nous constituions une sacrée équipe ! Et pas, n’importe laquelle !

Aujourd’hui, que vais-je devenir ?

Avec qui vais-je me moquer de l’accent en anglais de notre chef ? Qui me donnera l’autorisation d’appeler nos voisins de derrière : « les petits vieux » ? Qui vais-je accuser quand je sortirai une mauvaise note ? Avec qui vais-je râler quand les trompettistes nous projetteront contre mur lorsqu’ils inventent une nouvelle nuance : le centuple forte ?

Et puis, le temps passera. Un jour, je ferai certainement place à un jeune binôme. Je reprendrai ton rôle : celui de l’aîné qui, depuis plus de 20 ans, m’a transmis la valeur du respect de la hiérarchie au sein d’une société musicale qui passe par le chef de musique et le comité. Celui qui a essayé de me transmettre le respect du cadre lors des répétitions. Celui qui m’a poussé à m’investir dans le Comité et dans la vie associative du village comme tu l’as fait tout au long de ta vie.

Et puis, ton souvenir se pérennisera comme celui d’Omer de Quick ou de Christian Van Geyte tant à Saintes, à la Fanfare ou dans mes classes de cours. Car il restera de toi ce que tu m’as laissé en héritage. Cette certitude que l’Ecole doit être un ascenseur social pour tous. Cette espérance que notre société moderne se ressaisisse, laissant enfin une place à chaque citoyen et sans être guidé par des extrémismes en tout genre.

Et puis, j’arriverai moi-même en fin de parcours. Le moment de récolter mes souvenirs.

Je me souviendrai de ta plaque d’immatriculation qui me fait à chaque fois rire. Je me souviendrai de tes remerciements prononcés lors de la dernière assemblée générale. Je me souviendrai de ta grande émotion de fierté quand nous avons, pour la première fois, défilé avec nos nouvelles tenues. Je me souviendrai de tes yeux pétillants lorsque je te racontais mes aventures aux quatre coins du Monde. Je me souviendrai de ton sourire et de ton soulagement quand tu me voyais arriver à la répétition.

Charles,

je pourrai certainement parler de toi pendant des heures…Mais il est temps de nous quitter. Pudiquement, je te dis : « merci ».

Mélanie Moreas (Vice-Présidente)

Deuxième texte lu lors des obsèques de Charles, le 21 octobre 2017

Cher Charles, Chère Famille de Charles, Chers Amis,

A une toute petite année près, tu as septante années de service au sein de ta Fanfare.

Septante années, un fameux bail…

Héritier d’une lignée qui transmettait alors de père en fils un savoir faire, tu n’as pas ménagé tes efforts pour répondre aux attentes et aux espoirs qui avaient été mis en toi. De musicien à professeur, de musicien à membre du Comité dont tu en as assumé tous les postes jusqu’à celui de président, mais surtout, et toujours, quelqu’adversité que tu subisses : musicien. Et c’est certainement ce rôle-là qui te définit le mieux : être musicien. Envers et contre tout. Honorer de ta présence la Fanfare qui a, Ô combien, toujours besoin de chacun de nous.

Car c’était un profond attachement, une véritable dévotion que tu vouais à la Fanfare.

Cela te faisait taire les disputes, même si tu n’en pensais pas moins; féliciter les beaux gestes, quelqu’en soit l’auteur; ne pas t’appesantir sur tes faiblesses; et garder toujours ce regard, cet esprit ouvert vers l’autre et ce qu’il a à te dire. Et ce, même si ton état de santé t’obligeait petit à petit à une certaine discrétion.

Il suffit de le demander aux plus jeunes d’entre nous, à celles et ceux qui ne t’ont connu que ces dernières années seulement, ils répondent tous la même chose : Charles n’était que gentillesse, disait bonjour à chacun, s’intéressait à tous et à tout, ne faisait jamais peser ses propres humeurs.

Quel courage.

Quel courage aussi il t’a fallu quand tu n’as pas hésité à quitter tes fonctions, là où d’autres n’auraient pas hésité à garder jalousement ce titre surfait de président. Ce n’était pas de la vexation personnelle, ce n’était surtout pas de la lâcheté. C’était par éthique, par une vraie et juste honnêteté intellectuelle envers la Fanfare. Il n’y a pas de tricherie, ni de manipulation sourde avec Charles, il y a des statuts et on respecte les statuts.

Charles, tu es un témoin précieux d’un siècle d’histoire de la Fanfare. Un siècle. Aujourd’hui nous ne pouvons en mesurer l’importance. Nous accusons le coup, nous tentons de nous serrer les coudes, avec ta famille et tes proches aussi. Mais là, là face à toi et ton héritage, nous nous sentons tout petits.

Permettez-moi de faire ici une parenthèse. Charles est une de mes sources d’inspiration précieuse dans un travail de mémoire que j’ai entrepris de faire : récolter auprès des anciens de la Fanfare l’Histoire de la Fanfare, autant la musicale que l’humaine. Vous connaissez tous Charles. Durant l’interview il a été aussi prolifique et éloquent qu’il l’était dans ses discours et ses écrits. Avec la permission de la famille, je vais vous faire entendre un très très court extrait de cette interview réalisée en février dernier à son domicile.

-Diffusion de l’enregistrement de Charles-

Qui sommes-nous, musiciens autant que membres du Comité, héritiers de cette Fanfare à faire vivre et prospérer dans un monde qui a tellement changé ?

Cette tâche est rendue plus difficile encore à partir de ce jour-même.

Heureusement, nous avons cette chance de compter parmi nous des musiciens qui ont été formés par toi, Charles, et qui pourront nous raconter.

Heureusement, nous avons cette chance de compter parmi nous des personnes qui t’ont côtoyé dans les différents comités, et qui pourront nous raconter.

Nous utilisons toujours la bibliothèque de partitions que tu avais si soigneusement étiquetée.

Il suffit de te revoir brandissant ton bâton de Commandement, Il suffit de te revoir dansant tendrement enlacé avec Odette sur le kiosque à Ciney, dans toutes les pharmacies du pays on vous a vu ! Et tes discours : mémorables. Et tes courriers envoyés au Comité qui portaient le verbe haut. Même pour la plus simple des lettres, la formule était finement choisie.

Il suffit de toutes ces choses-là pour trouver les mots qui te caractérisent le mieux : l’élégance et la distinction. Aujourd’hui on dirait : la classe ! Plus celle de l’école, bien sûr.

Et ça ! Comme tu aimais le dire en appuyant bien sur le « ça ! », et ça !, quelle belle transmission,  quel bel héritage tu nous offres.

Non, Charles, tu ne nous manqueras pas : tu es en nous, tant que la Fanfare existera, et pour beaucoup d’entre nous, bien au-delà aussi.

Et maintenant, place à la musique. Comme morceau de circonstance nous avons choisi de jouer :

« Sailing » de Rod Stewart.

 Jean-Grégoire Mekhitarian, Secrétaire, Eglise Sainte Renelde de Saintes, 21 octobre 2017.

 

FIRMIN COMBLIN

(5 décembre 1946 – 2 mai 2017)

 

 

PAUL VALLOIS

(2 janvier 1951 – 8 novembre 2016)

Cadre Paul A4 Coul

Saintes, le 11 novembre 2016

A notre Vice-Président d’Honneur, Paul Vallois, ou oserai-je t’appeler tout simplement Paul.

Sans failles, toute ton existence tu l’as consacrée à la Fanfare, la musique et le village de Saintes,  nous ne pourrons jamais assez t’en remercier.

A l’instar de ton oncle Charles qui jouât du bugle, très jeune tu as rejoint la fanfare de Saintes… au bugle. Depuis lors tu ne l’as jamais quittée. Du bugle tu es passé au trombone. Tu as participé au tour à cheval lors de la Procession, mais aussi tu as rejoint les rangs des Carabiniers de Lembeek, le village voisin. En ce temps-là bon nombre de musiciens saintois s’y retrouvaient. Les liens entre ces deux groupes sont d’ailleurs toujours d’actualité.

Tu as intégré le Comité Effectif au sein duquel tu a succédé à Gilbert Gratiaen au poste de secrétaire. A ce titre tu as été une cheville ouvrière Ô combien indispensable et efficace à la cohésion du village. Discret et peu bavard, tu étais par contre d’une grande précision pour relater et condenser toute discussion, et grâce à ta connaissance du terrain, établir le calendrier annuel des activités saintoises, tellement précieux à tous.

Tu es ensuite devenu Vice-Président du Comité Effectif et enfin Vice-Président d’Honneur.

Ce qui ne voulait pas dire que tu baissais les bras pour autant, les cartes de membre 2016 ont encore été réalisées par tes soins, pour la dernière fois.

Je ne peux parler de toi, Paul, sans évoquer ton entourage. Marguerite, ton épouse, pilier indéfectible de nos diverses cantines au Try, au Radoux, et bien sûr les 42 éditions de la kermesse aux Moules. On reconnait dans la précision et la justesse de ses gestes la merveilleuse majorette qu’elle fut jadis ! Votre fils, Francis, tambour et maintenant trompette durant le tour à cheval et qui a aussi rejoint pendant un temps les Carabiniers de Lembeek. Ton frère cadet, Freddy, qui t’a emboîté le pas comme tromboniste et membre du Comité Effectif. Marie-Jeanne, ta soeur aînée, qui ne ménageait pas ses efforts durant nos activités, aux côtés de Marguerite. Marcel Daubry, son mari et donc ton beau-frère, porte-drapeau durant plusieurs dizaines d’années à la Fanfare de Saintes et aux Carabiniers de Lembeek, mais aussi notre spécialiste de la cuisson des frites ! D’oncle en neveux et filleul, la relève est assurée, puisque Luc et Marc Daubry ont tous deux rejoints la grande famille des musiciens.

Paul, durant tes 65 années, tu en as donné plus de 55 à la Fanfare, sans failles. Nous ne pourrons jamais assez t‘en remercier. Sois certain que nous ne t’oublierons pas !

Repose en paix, l’ami.

Et puisque tu as aussi été musicien à cheval durant la procession, la Fanfare Royale et Communale Sainte-Cécile de Saintes te dédie cet air du Tour, « La plus Belle », sous la direction de ton ancien commandant : Charles De Saint-Moulin.

Jean-Grégoire Mekhitarian

Texte lu par Marc Daubry lors de la cérémonie d’hommage à Paul Vallois en l’église de Saintes ce samedi 12 novembre 2016.